Altéa Miravé écrit depuis un endroit où l’écriture n’a jamais été séparée de la survie intérieure.
Chez elle, écrire n’a jamais été un loisir, ni un exercice de style, ni une ambition de reconnaissance. C’est un geste vital : une manière de rester debout quand le réel déborde, de donner une forme respirable à ce qui pourrait autrement engloutir.
Son rapport aux mots s’est construit très tôt dans la conscience que les récits servent souvent à tenir plus qu’à dire vrai. Les adultes racontent pour supporter, pour masquer, pour ordonner ce qui leur échappe. De là vient une écriture qui ne tranche pas, qui refuse les simplifications, qui accepte la coexistence de vérités multiples — parfois contradictoires — sans chercher à les résoudre artificiellement.
Altéa Miravé n’écrit pas pour expliquer le monde. Elle écrit pour en explorer les failles, les seuils, les zones de friction : là où l’intime rencontre l’Histoire, là où la mémoire se transmet sans toujours se dire, là où le sacré affleure sans dogme, là où l’enfance comprend avant de savoir nommer.
Ses textes sont traversés par la question du passage — d’un territoire à un autre, d’un âge à un autre, d’un état intérieur à un autre. Le déplacement, l’exil, la filiation, la perte, l'amour, la transformation intime sont des lignes de force constantes, qu’elle explore aussi bien dans le réalisme sensible que dans le mythe revisité ou l’imaginaire symbolique.
Dans Le Livre des Anciens, elle interroge la figure du héros intemporel, non comme modèle glorieux, mais comme être traversé par le doute, la tentation du renoncement. La question du suicide, du sens, de la religion et du sacré y est abordée sans jamais imposer de réponse, dans une tension constante entre croyance, liberté et responsabilité humaine.
Avec Le Trottoir aux lucioles, elle donne voix à des existences fragiles, souvent invisibles, prises dans des zones de rupture sociale et affective. Là encore, ce n’est ni le misérabilisme ni la dénonciation qui guident l’écriture, mais une attention aiguë portée à ce qui résiste, à la lumière ténue qui subsiste même dans les marges les plus sombres.
Sa saga Les Silences de Bartoli explore quant à elle les transmissions transgénérationnelles, les lignées féminines, la mémoire corse, la dualité des territoires et des appartenances. Chaque tome fait entendre une voix singulière, inscrite dans une histoire familiale plus vaste, où les silences comptent autant que les paroles. L’île elle-même y devient une présence vivante, presque chorale, dépositaire d’une mémoire qui excède les individus.
Qu’elle écrive une nouvelle, un roman, un texte poétique ou mythologique, Altéa Miravé ne cherche jamais l’effet. Elle cherche la justesse. La phrase nécessaire. Celle qui ne surplombe pas, qui n’explique pas trop, mais qui ouvre un espace où le lecteur peut reconnaître quelque chose de lui-même sans que cela lui soit imposé.
Son écriture est à la fois sensorielle et contenue, profondément incarnée, attentive aux corps, aux paysages, aux voix, aux silences. Elle s’inscrit dans une tradition où la littérature n’est pas un refuge décoratif, mais un lieu de passage, de transformation et de vérité intérieure.
Altéa Miravé n’écrit pas pour occuper la lumière.
Elle écrit parce que ce qui est en elle est vivant, fragile, parfois dangereux — et que les mots sont la forme la plus juste qu’elle ait trouvée pour l’honorer.
Texte rédigé par E.V - En échos aux mondes d'Altéa.
